E. Macron au sommet sur l’Intelligence artificielle au Collège de France le 29 mars 2018

Il faut vivre avec son temps. Il parait donc évident que l’école permette aux enfants de se préparer à un monde en mutation où le numérique envahit l’ensemble des secteurs économiques et de notre vie. Améliorer l’efficacité et l’équité du système éducatif  est aussi l’argument récurrent du ministère de l’Education Nationale, réforme après réforme, pour l’intégration du numérique à l’école depuis les années 70; promesse de résolution technologique de cette « crise de l’école » dans laquelle elle s’enfonce pourtant. A l’heure de l’entrée à l’école de l’Intelligence artificielle (I.A) et de l’internet des objets (drones, bracelets,…) promulguée par le plan « école de la confiance » sous la présidence Macron, la question du numérique à l’école revêt à l’évidence une importance cruciale. Elle reste cependant opaque et n’a jamais connu de débat public.

 

Car, rappelons le, l’école est un outil démocratique essentiel de l’Etat français visant à assurer collectivement notre possibilité d’émancipation et d’autodétermination nécessaire pour se protéger de la tyrannie. Développer l’intelligence (du latin inter- entre et legere – choisir, lire donc comprendre, faire des choix) de chacun par l’école et pouvoir ainsi délibérer avec les autres citoyens sur notre avenir commun est la base de notre démocratie.

 

Pourtant, sans aucun débat à propos du numérique, d’ inquiétantes priorités de la commission européenne en matière d’économie numérique étaient édictées par Neelie Kroes, vice –présidente de la commission européenne en charge de ce dossier en 2012. Y était programmé la mutualisation entre pays de l’UE (« interopérabilité transfrontalière ») de fichiers numériques nationaux d’identité, de dossiers médicaux ou encore de services de justice dématérialisés dans le cadre de la mise en place de l’ « e-administration » et de « e-gouvernement » (sic).

 

 

Parmi les 7 priorités européennes se trouve également la collusion des secteurs public/privé , sur le modèle des universités américaines, pour permettre la « coalition sur les compétences et les emplois numériques ». Cette stratégie impacte donc directement les principes de fonctionnement de l’école et la formation professionnelle et continue.

 

Il y est question également de « délocalisation d’entreprises » via internet donc de e-services (dont fait partie l’enseignement) et de e-commerce. La stratégie européenne numérique y entend accélérer le développement du cloud computing et vise explicitement à démonter les actuelles “forteresses nationales et les opinions négatives” des consommateurs, en vue des 5% de croissance financière (PIB) escomptés. On comprend aisément à travers ces expressions qu’il est question d’obliger les Etats à délocaliser les données de leurs citoyens et à duper les gens pour mettre en place la libre circulation des données (cf. big data) et donc la perte de maîtrise de celles-ci.

 

Nous allons voir comment cette stratégie européenne de fichage national, le développement de l’emprise du privé sur l’Etat ainsi que la collecte des données, 6 ans après, s’est déployée sur l’Education Nationale et remet en cause les fondements même de notre démocratie et l’avenir des générations futures. Ce nouveau plan Macron orchestré par son ministre J.M. Blanquer, pour l’école continuera d’aggraver bel et bien la situation : crise de l’école, niveau des élèves, mal-être enseignant, alertes sanitaires et environnementales mais surtout déni de démocratie et de nos droits à décider collectivement de l’avenir pour nos enfants…

 

Ce dossier se compose de 5 parties : 

I – « l’école de la confiance » ou l’entrée du big data, de la 5G et de l’intelligence artificielle à l’école (lecture 3′)

II – Les prémisses de l’école connectée : le Protocole de Lisbonne et la stratégie numérique française (lecture 8′)

III – Nuisances psychosociales et environnementales des écrans et d’internet à l’école (lecture 7′)

IV – Ecole connectée : le management de la perception pour contrer les « forteresses nationales et les « opinions négatives »  (lecture 5′)

V – Pour conclure (lecture 3′)

Retrouvez également l’article complémentaire sur l’école de la confiance “L’école de la perversion passe par la confiance“.

 

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