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De plus en plus d’alertes s’amoncellent parallèlement sur l’utilisation massive des nouvelles technologies notamment à l’école. Un réel débat est masqué sur la pertinence d’une telle politique numérique européenne ayant des incidences extrêmement graves sur la santé et plus largement le tissu social. Même si quelques unes sont dévoilés isolément et parcimonieusement, leur diffusion loyale renforcerait massivement « les opinions négatives » et donc « les forteresses nationales », or comme nous l’avons vu dans les priorités inquiétantes de la commission en 2012 (cf supra), l’UE a choisi de les contrer.

Nous avons listé ici les différents niveaux d’objections sérieuses (informations scientifiques vérifiables) concernant le développement de l’économie numérique et principalement à l’école :

 

1/ Nocivité pédagogique 

Peu d’études ont été commandées malheureusement sur l’introduction progressive à l’école des ordinateurs depuis les années 70. Même le rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale effectué sur l’expérimentation de François Hollande en Corrèze ( nov. 2011) ne fait écho très étrangement d’aucune mesure de l’impact sur leur niveau scolaire ou assiduité par exemple alors même que ces technologies sont sensées être la solution à la crise de l’école.

-Cependant, les neurosciences montrent que l’apprentissage nécessite une capacité de concentration et d’attention importante (deep attention ou attention dirigée). Or, les écrans projettent le cerveau dans un rythme d’attention captée (hyperstimulation visuelle sonore, rétroaction immédiate,…). Ils nuisent ainsi au développement de l’attention nécessaire à l’apprentissage tout comme le « gaming » continuel de ces NTIC qui empêche de se confronter à l’ennui et l’effort également nécessaires à la formation de l’intelligence et de l’imaginaire. Michel Desmurget, neuroscientifique à l’INSERM a collecté les études des plus grandes revues internationales sur les écrans parues depuis 30 ans dans son ouvrage « TV lobotomie ».

-Le récent rapport de l’ANSES l’utilisation des écrans confirme d’ailleurs la nuisance possible au développement de l’attention et donc à l’apprentissage même si les études manquent encore.

-Par ailleurs, selon les résultats de  l’étude européenne PISA « Connectés pour apprendre? » (2015), l’introduction de matériel numérique à l’école est au mieux insignifiante sur les résultats scolaires, et même significativement nuisible comme en Espagne ou en Pologne. Ces derniers ont ainsi vu le niveau de leurs élèves baisser après avoir introduit des outils numériques dans les classes. Ce qui  présage du résultat futur même si le recul nécessaire en France n’est pas suffisant; la dernière évaluation ayant eu lieu en mai 2018.

       

2/ Nuisances sanitaires : santé physique et psychique

 

-Le rapport de l’ANSES de 2016 déplore, vu l’enjeu et l’exposition croissante des plus jeunes aux nouvelles technologies (ondes électromagnétiques), le peu d’études réalisées sur l’impact des appareils exposant aux radiofréquences (babyphones,…) mais conclut à un spectre de preuves suffisant pour déduire un effet nuisible sur les enfants en matière de bien-être et sur leurs fonctions cognitives et l’apprentissage (mémoire, fonctions exécutives, attention). 

 

L’émission Spécial Investigation s’est faite l’écho en janvier dernier, de l’alerte lancée par des médecins de PMI qui constatent depuis quelques années le développement alarmant d’addictions aux écrans induisant des troubles semblables à l’autisme. L’industrie d’internet utilise en effet, les connaissances des neurosciences pour activer le circuit de la récompense (dopamine) engagé dans les phénomènes d’addiction ( drogues, jeux de hasard,…) pour doper la consommation de leurs produits comme nous l’avons déjà exposé en détail dans l’article “Intoxication numérique de nos enfants“. Des repentis du net en témoignent lors d’interview dans ce documentaire France 2.

-Un collectif de 64 chercheurs français en neurosciences et psychologues ont alerté sur la méthodologie utilisée et le décalage important des conclusions du rapport de 2013 de  l’Académie des Sciences avec l’ensemble de la littérature scientifique mondiale à propos de l’impact des tablettes sur le cerveau des enfants. Cet avis partial porte la marque selon eux de la sidérante démission éducative qui consisterait pourtant dans une logique de santé publique  à dissuader de l’usage des écrans et donc des tablettes.

– 230 scientifiques et médecins internationaux  a demandé un moratoire sur le déploiement de la 5G en septembre 2017 en application des principes de précaution nécessaires compte tenu de l’absence d’études d’impact indépendantes des ondes électromagnétiques sur la santé humaine et l’environnement ainsi que leur nombre réduit sur les précédentes fréquences (3 et 4G). Aucune réponse ne leur a été apportée depuis.

-Au niveau physiologique, une récente étude, précisant la nature des nuisances de la lumière bleue émise par les écrans sur le cerveau (troubles du rythme circadien donc du sommeil), montre qu’elle génère un mécanisme d’auto-destruction des cellules de la rétine. L’usage des écrans a bien sûr également un impact significatif sur le surpoids et ses conséquences, il diminue en effet, l’exercice physique.

 

3 : un désastre écologique insoupçonné

Vantée comme écologique car elle se substituerait au papier et donc « sauverait » les arbres, la digitalisation des données n’a pas pour autant diminué la consommations de papier (“Le désastre de l’école numérique” P. Bihouix et K. Mauvilly page 88). Elle engendre, en réalité, un coût énorme pour l’environnement comme nous l’avons vu plus en détail dans la conférence sur le réel coût de l’économie numérique. L’économie numérique nécessite une production d’industrie lourde (PC, imprimante, tablettes, i-phone, câbles,..) ainsi qu’un coût de transport lié aux délocalisations et choix de désindustrialisation de l’UE (art. 63 du TFUE). De même, l’exploitation minière de terres rares très polluantes est associée aux nouvelles technologies et technologies vertes de la 3° révolution industrielle (panneaux, solaires, batteries voitures électriques, robots, I.A., super calculateurs pour le big data,…). Cette dernière génère donc des tensions politiques et convoitises vis à vis de ces matières premières au niveau mondial (Chine, Corée du Nord notamment). 

L’envoi d’un mail avec une pièce jointe est équivalent à une heure de consommation d’une ampoule de basse consommation selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

En une heure, plus de dix milliards de courriels sont envoyés, soit 50 gigawhatt/h c’est-à-dire  l’équivalent de la production de 15 centrales nucléaires pendant 1h ou 4000 tonnes de pétrole (4000 A/R Paris- New York en avion).

Environ 20% de l’électricité produite en 2025 serait nécessaire pour alimenter le big data et les datas centers (usine de stockage des datas donc des clouds) pour l’industrie de la communication. Rien que la consommation actuelle des datas centers représente l’équivalent du secteur aérien.

Les dépenses énergétique du numérique au niveau mondial, quant à eux sont estimés en 2013 selon l’Agence Internationale de l’Energie à 1 500 térawattheures (TWh). Cette consommation était équivalente à presque 4 fois la production annuelle des 58 réacteurs nucléaires français (405 TWh)! La croissance du trafic internet n’ayant fait qu’augmenter de façon prodigieuse depuis 5 ans et sa consommation avec. 

De plus, ces déchets sont inrecyclables et génèrent une pollution déjà d’ors et déjà colossale (voir infra). La production également ne serait-ce que des puces électroniques nécessite nombre de “terres rares” et énormément d’eau pure (20 à 30 litres d’eau par cm2 de silicium), qui, sera souillée par les agents chimiques nombreux et très nocifs tels que l’arsenic, l’antimoine, phosphore,… 

Rappelons ici que le plan 5G de l’Union européenne par le moyen de l’introduction des objets connectés à l’école en France, impose le déploiement d’une infrastructure européenne 5G capable de desservir 1 millions d’objets connectés au km2 en 2025 (voir supra)! La stratégie européenne est élaborée sur un scénario prévoyant le doublement de la facture énergétique des ménages : de 8.2% en 2016 selon l’INSEE à 16% prévu en 2030 (feuille de route de l’énergie pour 2030 -page 7).

Les objectifs visés par l’UE et la digitalisation de toutes nos données et de l’internet des objets (panneaux solaires ou éoliennes individuelles, domotique, voitures électriques et sans chauffeur, …) sont insoutenables écologiquement et donc nuisibles à l’environnement ainsi qu’à la paix dans le monde. C’est d’ailleurs à une nécessaire sobriété énergétique qu’appelle le récent rapport français du « Shift project ».

 

Cette nécessité de sobriété est pourtant aussi contraire à un autre traité transnational dépassant l’UE : le traité sur la charte énergétique (TCE) entré en vigueur en décembre 1998. En effet, ce cadre juridique contraignant impose une marge de manœuvre d’action limitée aux principes de l’OMC comme le traité de Lisbonne et donc empêche toute régulation au secteur de l’énergie pour en déposséder les peuples et les Etats. Il a pour principe de traiter Etats et investisseurs à égalité par des procédures d’arbitrage ; les uns ayant intérêt à une société de consommation et d’exploitation à moindre frais des ressources et de l’autre à la préservation des ressources pour les générations futures.

Sources : copie écran de la charte de l’énergie

Quoi qu’il en soit, les français sont privés de tout débat loyal sur ce sujet vital pour les générations futures car ces choix sont imposés par ces traités supranationaux négociés en catimini. Cette caractéristique est le signe évident encore une fois d’un déni de démocratie.

 

4 : Aggravation colossale du chômage et de l’insécurité sociale

Comme nous l’avons plus haut, les estimations mondiales confirmées par les études nationales notamment le rapport Berger, indiquent que, seuls 500 000 emplois précaires seraient créés alors que l’I.A. détruira 3 millions d’emplois traditionnels donc durables et dans l’ensemble du secteur public. Pour accompagner la transformation et assurer sa réussite, l’étude prospective de novembre 2018 vise particulièrement le métier d’enseignant comme l’un des 5 métiers les plus radicalement modifiés. Le projet de loi “école de la confiance” est donc la mise en oeuvre législative pour réaliser ces changements radicaux.

Avec les nouvelles organisations de travail gérées par l’I.A., les conditions de travail et les risques dits psychosociaux (dépression, TMS, suicides,..) seront aggravés par l’hétéronomie constante des emplois chaperonnés en temps réel par les algorithmes comme nous l’avons analysé dans un précédent article sur les nouvelles formes d’organisation de travail.

 

Couverture du rapport d’étude sur la transformation numérique du secteur public 2018

5 – renforcement des inégalités mondiales -l’industrie de l’information complice du néo esclavagisme

Alors que nos enfants auront des équipements, les néo esclavagistes auront l’emprise sur le travail des enfants dans les autres pays du monde pour la fabrication ou alors leur recyclage informel (Inde, Chine, Afrique,….). La Chine refuse depuis 2017 d’importer comme précédemment les 9 millions de tonnes de déchets plastique à recycler ainsi que d’autres déchets ; ce qui n’est pas sans effet sur la campagne anti plastique médiatique actuelle car les occidentaux ne savent que faire de leurs déchets.

 

6 – Déshumanisation pour les masses (e-learning) et création d’élite : l’école à deux vitesses

Certains visent un équilibrage entre le e-learning et le présentiel à l’école, ce qui, avec l’essor de l’IA créera des écoles publiques déshumanisée et des écoles huppées préservant le présentiel et la relation prof/élève et exempt d’écrans, seul gage de réussite scolaire. Pour preuve, les élites de la Silicon valley protègent leurs enfants du ravage des écrans.

 

7 – Un citoyen docile et dépendant des technologies numériques 

L’aspect ludique des écrans induit l’absence de la notion effort et de l’ennui nécessaires à la formation de l’intelligence et à l’imaginaire. La société numérique encourage la stratégie du moindre effort en “individualisant” les parcours et habitue peu à peu à l’hétéronomie (du grec hétéro : autrui et nomos : règles) en créant une dépendance de ces technologies qui confinent les consommateurs dans un espace virtuel individualisé (hors sol et déconnectés des réalités). Ce contrôle social est quasiment imperceptible car internet donne l’illusion d’être libre et de pouvoir choisir librement dans ces vastes banques de données.

En effet, le déluge de données circulant sur le net tend à faire croire que l’apprentissage des savoirs est obsolète et que seule la faculté de trouver une information est importante. En réalité, notre capacité d’attention est limitée et l’accès aux données sera de plus en plus filtré et médiatisé par les algorithmes et ne sera donc pas libre mais tributaire des pouvoirs des magnas du net qui les programment. Ce filtrage a pour nom l’individualisation et propose à chacun (sélectionne) le contenu qui semble être adapté selon les paramètres des algorithmes qui fabriquent donc un monde pré-déterminé et donc prévisible comme le montre l’enquête et l’ouvrage de Philippe Vion-Dury

Vers le puçage humain? Comme nous l’avons vu précédemment, la culture de l’innovation de “l’école de la confiance” engendre l’introduction d’objets connectés tels que les badges en bluetooth NewSchool. Ces dispositifs exonèrent les enseignants de l’appel et informe automatiquement en temps réel les parents de l’absence de l’élève et sont en passe de développer d’autres usages. Tel Big Brother étasunien rendu obligatoire qui sert à la géolocalisation constante, ces dispositifs permettent de rendre compte en temps réel de l’assiduité et activités des élèves et donc sa traçabilité. Cette radio identification (puces RFID) est d’ors et déjà miniaturisée pour être implanté sous la peau et exonérer ainsi les employés de “pointer” ou de faire des photocopies (exemples USA et Belgique dans un reportage France 2). Un système semblable au paiement sans contact auquel s’habituent progressivement les français pour faciliter leurs achats.

 

8 Modifications du psychisme et des relations humaines et sociales

Le développement de l’intelligence artificielle (drones, puces RFID, géolocalisation, tachtbots,..) va modifier considérablement notre psychisme. Les objets étaient à mon service quand j’en avais besoin alors qu’ils deviennent des interlocuteurs et partenaires qui proposent et nous assistent de façon autonome. Selon le psychiatre Serge Tisseron ces derniers créent :

  • une dépendance y compris affective aux objets (robots dotés d’émotions) animisme;
  • l’incapacité à différer nos désirs (individualisme, égocentrisme), à ressentir de l’égard et faire preuve de politesse envers les humains;
  • l’incapacité au dialogue intérieur (sollicitation constante de chatbots);
  • un psychisme amputé de notre mémoire et notre relation à l’espace,…
  • l’humain exclut de la boucle de décision et déresponsabilisation (punition infligée et robots tueurs);
  • …etc…

9 Violation de la vie privée et de nos droits 

En 2016, le comité des droits de l’enfant (ONU) épingle de nouveau la France pour la violation de vie privée et la détention indéterminée dans le temps de fichiers de données personnelles et à l’insu des enfants et parents. Le fichage national par Base élève dès 2009 détenait déjà bon nombre d’informations et comme nous l’avons précédemment, le LSUN obligatoire depuis 2016 collecte et stocke en complément les évaluations de compétences scolaires dont l’assiduité, respect d’autrui. En instaurant la traçabilité du parcours et la négation du droit à l’oubli, ce fichier numérique exclut le principe démocratique d’anonymat que préservait le système de diplômes nationaux pour le remplacer par le contrôle continu et les prédictions d’échec ou de réussite en fonction des données passées (gestion par algorithmes).

Au même titre, les données du CPA (compte personnel d’activité) profiteraient à la révolution des DRH même si en France des remparts existent encore contrairement aux pays anglo-saxons, Pays-Bas ou Belgique. Les logiciels de gestion des Ressources Humaines (SIRH) sont de plus en plus connectés aux sites d’emploi, aux réseaux sociaux et aux forums professionnels, où ils peuvent dénicher l’expert tant réclamé par la direction informatique ou une direction métier.

Les risques de dispositifs de surveillance généralisés voire puçage humain dans le futur sont aussi redoutables puisque l’introduction prévu de la 5G est inclus dans le plan Blanquer (exemple de NewSchool déjà cité).

Il est urgent de s’inquiéter des réelles dérives à l’oeuvre subrepticement à l’école à l’heure de la surveillance généralisée, comme en Chine qui tend à rattraper les Etats-unis en matière de télésurveillance et contrôle social par reconnaissance biométrique  mais aussi de l’espionnage massif révélé par Edward Snowden et des tendances autoritaires en France et en Europe lié au terrorisme. 

Cette absence chronique sur des sujets aussi essentiels est vraiment significatif d’une société anti-démocratique et autoritaire qui se referme petit à petit sur nous.

 

10 – Le suffrage universel vidé de son sens

Pour son élection à la présidence, Emmanuel Macron a bénéficié comme François Hollande de la puissance d’action du big data. LMP, start-up spécialisée dans le big data a été l’acteur principal de l’équipe de ces 2 campagnes durant les Présidentielles.

Arthur Muller, co-fondateur de cette start-up, explique d’ailleurs dans ce reportage pour la télévision suisse (RTS) la tactique et la disponibilité intéressante actuelle des datas en France; tout en regrettant en comparant l’accès illimité aux données personnelles qu’il a constaté lors de la campagne de l’ex-président des USA Barack Obama.

Cette récolte de données personnelles et leur quantité étant le vecteur de l’élection de nos Présidents voués à l’UE, la démocratie est aujourd’hui aux mains de la puissance de l’industrie de l’information et de la Silicon Valley. La manipulation est évidente car elle réduit le citoyen européen à une source de données personnelles devenues de vulgaires ressources à exploiter pour accroître l’emprise des ces pouvoirs anti-démocratiques.

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