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Parue au Bulletin Officiel de la Santé le 19 août 2022, une instruction interministérielle ordonnant la mise en œuvre d’une stratégie de prévention en santé mentale innovante pour les 15 ans à venir, a été adressée pour exécution à tous les préfets de région, à tous les directeurs des Agences Régionales de Santé (ARS) et à tous les recteurs d’académie donc pour tous les établissements scolaires et associations de parents d’élèves ou périscolaires. Emis par 8 ministères du gouvernement d’E. Borne, l’ambition de cette expérimentation à taille réelle est générationnelle, bien qu’elle n’ait jamais été stipulée dans aucune promesse électorale : «permettre à tous les enfants de développer leurs compétences psychosociales [CPS] dès le plus jeune âge, pendant toute leur croissance et dans tous les milieux.» (p.6).
L’annexe 3 précise que le déploiement interinstitutionnel (justice, CAF, CPAM, mairies, crèches, écoles, centres de loisirs, divers partenaires associatifs,…) doit être défini, coordonné et contrôlé par un comité territorial (COTER) de façon très décentralisée et adaptée au territoire. En effet, il est fondé sur les principes du management par objectifs avec résultats quantifiés précis tels que « 50% des 3 à 12 ans – soit 4 millions d’enfants- ont bénéficié de séances pluriannuelles de développement des CPS » etc. (p. 7).
Libre à chaque territoire de se définir, déterminer sa structure, son nom, son champ d’action, son timing, ses partenaires, ses plans d’action,… pour atteindre ses objectifs. Avec ce processus progressif, opaque et protéiforme agissant indépendamment de toute alternance politique jusqu’en 2037, cette injonction gouvernementale des CPS reste donc insaisissable et imperceptible par la population et les acteurs eux-mêmes. Les méthodes suivantes, imposées pour protéger la santé mentale des enfants et des jeunes, peuvent même sembler trompeusement décidées par les acteurs de terrain…
Par l’intermédiaire d’outils psychothérapeutiques d’auto-formation en e-learning prévus d’être introduits également dans les formations initiales, chaque intervenant auprès des parents et des « enfants dès le plus jeune âge », et plus particulièrement les enseignants ou intervenants périscolaires (Annexe 3), devront développer leurs propres CPS ou compétences de vie ( life skills provenant de l’US army) : confiance en soi, maîtrise de soi, l’identification de ses émotions, la gestion de son stress, le développement de relations constructives, la résolution de ses difficultés,… (Annexe 1).

Faisant de tous ces intervenants, des coachs de vie pour les enfants et les parents mais aussi pour eux-mêmes, cette instruction en santé mentale attaque de fait, les fondements même de toutes nos institutions et tout particulièrement l’école. Ainsi devenues des outils d’endoctrinement spirituel des masses « dès le plus jeune âge » et un pourvoyeur de données personnelles extrêmement sensibles pour les géants du net et les I.A., nos institutions inclineront l’ensemble de la population à s’auto-rééduquer tout au long de leur vie, par la mise en œuvre de techniques psychologisantes et de pseudosciences issues principalement de dérives sectaires et du New age : méditation pleine conscience (mindfulness), scan corporel, messages-je, relaxation, voyage mental, s’auto-évaluer de façon positive, jeux de rôle, dynamique de groupe, savoir ce qu’est un bon ami,..

Ce revirement institutionnel radical exigeant des professionnels, familles et enfants de développer leurs CPS en continu, instaure sans en avoir l’air, une maltraitance sournoise de l’ensemble de la population, confrontant chacun à des dilemmes insolubles encore appelés injonctions paradoxales :
- utiliser ces techniques psychologisantes standardisées de façon consciente et dans tous les secteurs de vie mène à une dichotomie de type schizophrénique c’est-à-dire à se réifier soi-même et instrumentaliser ses proches selon ses propres désirs et objectifs (perversion narcissique). Ce comportement est contraire à notre empathie naturelle (neurones miroirs) et la fraternité de notre devise nationale;
- donner toujours une image positive de soi-même tout en étant authentique (être soi-même);
- attiser et focaliser l’attention sur l’émotionnel, l’intime et les pulsions narcissiques des enfants dans l’espace public de l’école, court-circuite le cortex et donc biaise la raison et la logique, base de l’apprentissage des savoirs et de la citoyenneté. Cet acte est anti-éducatif car il empêche ou freine le développement psychique des enfants qui doit au contraire, s’extraire du tout premier stade de développement psychique de la toute puissance infantile (pulsions narcissiques et tyranniques) pour accéder peu à peu par la raison, au stade de la maturité et de citoyen. Il est de plus, facteur de confusion entre l’espace public et privé (intime) laissant la porte ouverte aux intrusions et au contrôle du pouvoir dans la sphère de l’intime très bénéfique au business des GAFAM et au contrôle de la population;
- la posture antiautoritaire demandée à l’intervenant CPS (faciliter l’autodétermination de l’enfant, égalité de tous les points de vue, facilitateur de toutes les expressions,…) contraire au métier d’enseignant, induit un déni générationnel profondément incompatible avec la transmission intergénérationnelle naturelle (adulte-enfant, maitre-élève,…) qui constitue pourtant un pilier de la civilisation et de l’école de la République. Cette ambiguïté de rôle entre l’autorité de l’enseignant ou parentale versus la posture antiautoritaire du coach, thérapeute ou parentalité positive vis-à-vis de l’enfant est intenable psychiquement.

Quoi que la victime fasse, elle est vouée à l’échec! Les psychologues connaissent bien le caractère extrêmement nocif et mortifère sur la santé psychique et physique (schizophrénie, TMS, dépression, suicide,…) de ce type d’injonctions psycho-sociales paradoxales amalgamées. Très utilisée en management pour imposer le changement et, ayant renversé les sciences du travail françaises, elle constituent la cause de beaucoup de risques dits psychosociaux (RPS) notamment des dépressions, burn out et suicides au travail depuis les années 90.
Cependant, cette stratégie 2022-2037 promet, grâce à ces techniques psychologisantes et l’éducation thérapeutique (social emotionnal learning), d’atteindre le bien-être mental et de rétablir ainsi le niveau scolaire des élèves (réforme du Choc des savoirs). Pour garantie, elle diffuse un cadre de référence scientifique commun (p.6) issu du concept nord américain de life skills (compétences de vie) de l’OMS et des méthodes scientistes de psychologie expérimentale et positive (behaviorisme). Ces interventions de promotion primaire en santé mentale reposent en effet, sur des données dites « probantes » (evidence based medecine).
Seraient-elles alors vraiment efficaces pour protéger les enfants du décrochage scolaire, des suicides, addictions, hyperactivité,…? mais aussi les parents et professeurs des burn out?
En s’y penchant d’un peu plus près, ces dites « preuves scientifiques » ne constituent aucunement un consensus scientifique et sont même jugées inadaptées à toute pratique pédagogique ou éducative. Le déploiement en France de ce programme nord-américain de prévention en santé mentale basé sur l’idéologie du self made man, avait d’ailleurs été abandonné car âprement déconseillée en 2016 par différentes instances et experts de Santé publique.
En effet, bien loin de respecter les besoins des enfants et préserver l’équilibre des parents et des professionnels, cette définition de « la bonne vie » par l’OMS (p.4) et promue par l’U.E. ( Lifecomp), viole l’intégrité psychique humaine et , en réalité, programme la création d’un Homme nouveau adapté aux attentes socio-économiques du XXI° siècle à savoir des masses d’individus coupés de leurs traditions et de leurs racines nationales, dociles, résilients, individualistes, focalisés sur la conscience de soi et donc incapables de percevoir l’emprise du pouvoir totalitaire qui les réifie et les manipule.

Affublé d’un faux self disproportionné (faux Moi ou Moi factice définit par D. Winnicott) sous le diktat du bonheur obligatoire (happycratie), ces Hommes nouveaux sont la promesse de marchés durables pour l’industrie du bonheur issu de la théorie de l’économie du bonheur (Joseph Stiglitz) mais aussi le business de la e-economy et du transhumanisme de la 4° révolution industrielle basée sur le nouvel or noir, nos datas (données numériques).

Pour preuve, cette stratégie nationale des CPS est validée par le Conseil National de Productivité (p.4), instance créée en 2018 sur recommandation du Conseil de l’U.E. « pour améliorer la performance économique».

On voit bien que cette expérimentation à taille réelle sur tous les enfants, familles et professionnels, n’est pas faite pour préserver des troubles psychiques en créant des conditions psychosociales qui respectent mieux les règles de développement des enfants et l’harmonie corps-esprit évidemment nécessaires au bien-être et à la santé. Elle a pour objet au contraire, d’instaurer une productivité durable dans un « monde qui bouge » en permanence ; insécurité chronique qui maltraite toujours plus les humains.
Les CPS visent ainsi à modifier et pervertir la nature humaine et l’identité nationale pour l’adapter à des conditions d’existence socio-économiques de plus en plus nocives et psychopathogènes (perversions narcissiques, schizophrénie, dépressions, addictions, suicides,…) permettant d’assouvir une quête de croissance financière infinie et durable. Les compétences psychosociales (CPS) qu’exige la politique européenne et mondiale, s’élargissent ainsi à toutes les sphères de la vie alors même qu’elles sont à l’origine du mal être au travail et des burn out qui font encore tant de ravages.
Le danger prévisible de ces injonctions paradoxales et de l’atomisation psychique, familiale, générationnelle et sociale qui découlent de cette stratégie nationale larvée de prévention en santé mentale, est donc bien réel et ignoré. Du poison en guise de remède…
L’emprise globale d’un régime totalitaire sournois de niveau mondial engendrant la réification totale de l’être humain en colonisant son esprit, s’est instituée en catimini en France en 2022 et indépendamment de toute alternance politique, à l’insu de tous et à rebours de notre identité nationale ainsi que du principe même de libre arbitre. Le même type de conclusion apparaissait déjà en 2014 à l’analyse de l’évolution du droit pénal français en santé mentale découlant du système jurisprudentiel issu de la définition positive de la santé de 1946 par l’OMS et du Pacte européen pour la santé mentale et le bien-être de 2008. La santé mentale est devenue ainsi, un droit de l’Homme individuel supérieur à la santé publique et exige l’ingérence de l’état et des juges pour faire appliquer cette nouvelle morale.

Bien sûr, aucun régime totalitaire qu’il soit nazi ou soviétique n’a jamais vu aboutir son propre projet d’Homme nouveau tout autant validé scientifiquement à l’époque; car, même avec la méthode « sans chaux vive dans la fosse » de la doctrine impérialiste subversive en marche, on ne peut changer ainsi impunément la nature humaine et surtout en France, grâce à notre tradition unique au monde issue de nos droits naturels et imprescriptibles de citoyens de 1789.
Pour sortir de l’illusion sur la nature de cette bienveillance perverse envers la santé mentale de nos enfants, encore faut-il connaitre le plan global qui nous enserre en silence et les réels donneurs d’ordre qui ont aboli insidieusement le principe même de démocratie… car alors, une fois dévoilé par nous et publiquement, nous pourrons agir ensemble et de nouveau chanter :
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage ! (…)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé…

Références citées :
- INSTRUCTION INTERMINISTERIELLEN°DGS/SP4/DGCS/DGESCO/DJEPVA/DS/DGEFP/DPJJ/DGESIP/DGER/2022/131 du 19 août 2022 relative à la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes – 2022-2037.- B.O. de la santé n°18 du 31 août 2022. URL : https://www.jeunes.gouv.fr/sites/default/files/2023-09/instruction-minist-rielle-pdf-3087.pdf
- Loarer E. « Quelles compétences non académiques sont attendues des jeunes sur le marché de l’emploi ? Conférence de consensus : nouveaux savoirs et nouvelles compétences chez les jeunes- CNESCO – INETOP (CNAM) 6 Nov 2024 https://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2025/03/Cnesco_CC-savoirs-competences_Notes-experts_E-Loarer.pdf
- Comment identifier une dérive sectaire? MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). URL : https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/comprendre-prevenir-et-lutter/comment-identifier-derive-sectaire
- Lamboy B.,Shankland R. , Williamson M-O. « Les compétences psychosociales – Manuel de développement » – De Boeck 1e édition – février 2021
- Berliet C. »Pouvoir Et Neurosciences : La Puissance Et Le Melon » revue 10 mai 2017 revue Forbes URL : https://www.forbes.fr/management/pouvoir-et-neurosciences-la-puissance-et-le-melon/
- Bilheran, A., Pontoizeau, P.-A. (2024). Entretien avec Ariane Bilheran. Cahiers de Psychologie Politique, (45) URL : https://cpp.numerev.com/articles/revue-45/3716-entretien-avec-ariane-bilheran
- Neyrand, G. (2019). « La parentalité positive l’est-elle autant qu’on le croit ? » Spirale – La grande aventure de bébé, 91(3), 36-43. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2019-3-page-36?lang=fr
- Faurie C. « L’injonction paradoxale ou le changement comme manipulation » Chronique JDN du 22 septembre 2014. URL : https://www.journaldunet.com/management/vie-personnelle/1143782-l-injonction-paradoxale-ou-le-changement-comme-manipulation/
- Chénard V. « Harmonie et bien être au travail : la destruction du projet social français par le courant du management étasunien et de la cybernétique »
Conférence du 24/11/2017 à l’Atelier du Mieux-être (38). URL : https://valerie-chenard-psychologue.fr/harmonie-et-bien-etre-au-travail-conference/ - « Les compétences psychosociales : état des connaissances scientifiques et théoriques – rapport complet » du 18 oct. 2022 de Santé Publique France. URL : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale/depression-et-anxiete/documents/rapport-synthese/les-competences-psychosociales-etat-des-connaissances-scientifiques-et-theoriques
- Briffault X. « Usages et mésusages des données probantes en santé publique » Journal des psychologues 2017/3 n° 345, pages 39 à 43. Éd. Martin Média
- Briffault, X. (2023). Mesures et démesure dans la prévention en santé mentale Une analyse de la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes (2022-2037) Le succès de la prévention en santé familiale, infantile et juvénile : Comment en prendre la mesure ? (p. 135-177). érès. https://shs.cairn.info/le-succes-de-la-prevention-en-sante-familiale-infantile-et-juvenile–9782749277738-page-135?lang=fr.
- Commission européenne « LifeComp: The European framework for the personal, social and learning to learn key competence » YRL : https://joint-research-centre.ec.europa.eu/lifecomp_en
- Cabanas E., Illouz E. « Happycratie -comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies » Ed. Premier Parallèle (2018)
- Chénard V. « les dangers de la numérisation du monde accélérée par le confinement et la gestion de la Covid 19 » Tribune France soir 18 déc. 2020 URL : https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/les-dangers-de-la-numerisation-du-monde
- Couturier M., chercheur en droit privé spécialisé en santé mentale (Institut Caennais de Recherche Juridique – ICReJ) « Santé mentale et droit pénal » CRDF, 2014,p.87-102. URL: https://journals.openedition.org/crdf/1928
- Chénard V. « Le Nouvel ordre moral de 1948 » Intervention au Cercle Aristote 22 fév. 2024. URL : https://www.youtube.com/watch?v=uXsRWSp2REY
- Roosevelt F.D. « Discours des quatre libertés’ devant le congrès américain le 6 janvier 1941 https://mjp.univ-perp.fr/textes/roosevelt06011941.htm

