Partie 1 du dossier “La psychologie et les psychologues à la croisée des chemins : les injonction paradoxales déontologiques en question”


Cette référence au respect d’une loi naturelle régissant la dimension psychique humaine et à un droit inaliénable est présente en épitaphe de notre code de déontologie et résume donc l’esprit des codes de déontologie de 1996 et 2012 fondant notre identité professionnelle en France et sa raison d’être. Ce fondement déontologique et métaphysique (conception de l’Homme dans le cosmos) est tout à fait spécifique dans la profession au niveau mondial parmi les démocraties libérales car il s’appuie sur la conception française tout aussi unique de l’Homme et du Citoyen de 1789[1] qui proclame nos droits naturels, inaliénables, sacrés et imprescriptibles, donnés par la nature elle-même -et non pas la société humaine- au plus haut de notre droit suprême constitutionnel (notre Loi des lois). Ces droits naturels de liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression (art. 2 de la DDHC) constituent en France le fondement de la souveraineté nationale (auto-détermination) détenue par l’ensemble des citoyens (art. 3). Ce faisant, ils sont à l’origine de l’ensemble de la législation française car ils se situent en préambule de notre Constitution, grâce à la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 17891 dans la V° République. L’action des psychologues en France prend donc sa source et n’a de sens que dans la reconnaissance sociale et juridique de ces droits naturels humains et vise ainsi à faire respecter la souveraineté psychique afin qu’elle ne puisse être, en aucun cas, aliénée par aucune législation dans les limites  des nuisances causées à autrui (art.4 de la DDHC) et édictées par la volonté générale selon ce contrat social français.

 

Copie écran du site légifrance.fr

 

Ce faisant, le pouvoir politique se doit constitutionnellement, en France, d’être assujetti lui-même par le respect de nos droits naturels et doit même servir la préservation de ces mêmes droits (art. 2 et 3 de la DDHC). Les institutions françaises sont donc établies traditionnellement à partir de ces droits naturels. Ces principes spécifiques de la législation française traditionnelle préservent ainsi par-dessus tout notre souveraineté individuelle et l’autorité suprême de la Nation donc de l’ensemble des citoyens dans un corps social souverain c’est-à-dire autodéterminé lui-même. C’est bien cette conception politique du monde, primordiale en démocratie que revendique notre profession de psychologue en France, en faisant de son action professionnelle œuvre de reconnaissance absolue de la dimension psychique de chaque être humain. « Liberté, égalité et fraternité » indissociables et imprescriptibles pour chacun et pour tous : l’Homme est le même partout, tout le temps et a les mêmes droits. Cette caractéristique spécifique parmi les démocraties libérales confère à la France, son rôle universel d’émancipation des individus et des peuples parmi les nations comme le réaffirme le Conseil National de la Résistance (CNR) dans le préambule de la Constitution le 27 octobre 1946[2].

En France et pour les psychologues français, la nécessité humaine est de s’auto déterminer et de veiller à sa propre nécessité ce que confirme d’ailleurs les sciences humaines aujourd’hui. Ainsi, contraint est celui qui est déterminé par la volonté et nécessité extérieure (passion/affect ou volonté d’autrui ou de la société). La connaissance de ce qui nous détermine (manipulation mentale ou nos passions) nous permet de moins subir, de nous libérer, de ruser avec nos déterminismes afin d’accomplir notre nécessité propre. La nécessité intérieure à l’être de raison veut que la compréhension rationnelle le libère de la servitude (passionnelle manipulée ou non par la volonté d’autrui). Selon cette conception humaniste spinozienne[3], les déterminismes naturels ne peuvent donc pas s’appliquer tels quels à la société humaine comme le promouvaient les doctrines eugénistes ou la royauté et son système féodal car elles empêcheraient l’espèce humaine de s’auto déterminer collectivement. De même, les projets politiques visant à nous arracher à nos déterminismes y compris sociaux et à la loi naturelle (nihilisme, post modernisme, libertarianisme et néolibéralisme) sont frontalement opposés au respect de la dignité humaine, nous emmenant dans l’excès inverse également à la servitude. Bien au contraire, notre contrat social français issu de la DDHC de 1789, loin d’être manichéen, permet de préserver et respecter le continuum nécessaire entre nos déterminismes et nos libertés aussi bien au niveau individuel que collectif (instinct de survie, instinct de survie de l’espèce,…). Bien plus qu’une tradition portée par la France, cette conception de l’Homme et de la société est confirmée aujourd’hui par les sciences humaines[4].

La protection de la loi naturelle régissant le psychisme humain au fondement de notre action de psychologue en tant que corps professionnel, revêt dans la société de l’information[5] actuelle, une importance vitale afin de préserver les individus et les foules des manipulations mentales et de l’exploitation massive de nos biais cognitifs visant à aliéner le libre arbitre et la volonté individuelle et générale. Ces mésusages de la psychologie et de ses outils ainsi que des neurosciences signent, en effet, la négation même de l’humanité et de toute conception humaniste.L’être humain et la Nation, protégés par la DDHC sont eux, sont reconnus juridiquement comme sacrés car les droits d’autodétermination s’élèvent au-dessus de toute législation et leur garantissent par principe premier, le libre arbitre. Chacun peut alors être protégé y compris dans sa dimension psychique de toute réification qui le concevrait comme une marchandise en pièces détachées qu’on achète et qu’on vend ou qu’on loue (trafics d’enfant, d’organes, ADN, datas publiques et personnelles,…) au bénéfice de la croissance et des intérêts financiers ou de pouvoir paranoïaque tyrannique. Le respect de la personne humaine dans sa dimension sociale est le sens même de notre DDHC de 1789 et du contrat social spécifique à la France.

Pourtant, ces principes fondateurs des droits naturels en épitaphe de notre déontologie sont référés par la suite au cadre des « législations nationales, européennes et internationales sur le respect des droits fondamentaux de la personne» (Titre I – 1 des codes de 1996 et de 2012) qui pourtant les ignorent.

Ces législations européennes et onusiennes en matière de Droits de l’Homme, comme nous allons le voir, se basent sur la Convention européenne des droits de l’Homme[6] et la Charte européenne des droits fondamentaux[7] issues, toutes deux, de la Magna Carta britannique de 1215. Cette dernière est à l’origine du droit positif anglo-saxon (théorie positiviste du droit) où les droits ne sont pas donnés par la nature mais par la société elle-même. Les usages font force de loi et deviennent relatifs et négociables avec le pouvoir qui les promulgue, une aliénation au pouvoir comme sous l’ancien Régime et au Moyen Âge en France.

Ce type de reconnaissance des droits de l’Homme inclus dans le Traité de Lisbonne, constitue aujourd’hui le cadre législatif français également alors qu’ils sont foncièrement inconciliables avec le droit naturel français comme nous allons le voir ci-après. Ce paradoxe dans notre Constitution donc dans le cadre législatif français est d’autant plus illégitime que, ce Traité de Lisbonne en vigueur a été introduit dans le cadre juridique national (révision constitutionnelle n°2008-103 du 4 février 2008[8]) par le gouvernement malgré le refus des français exprimé de façon directe par référendum en 2005[9]. Cette révision constitutionnelle de la V° République s’est donc réalisée en violation du droit naturel des français à s’auto déterminer eux-mêmes énonçant que «la loi est l’expression de la volonté générale » (art.6 de la DDHC) et que la voie directe par référendum est donc plus légitime que les autres voies indirectes.


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Lire la suite du dossier : II – La Convention des Droits de l’Homme et les droits fondamentaux européens, un cadre néolibéral contraignant pour la France depuis 2008 et une garantie de droits en trompe l’œil


Sources citées 

[1] Bloc de constitutionnalité de la V° République – Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 https://www.legifrance.gouv.fr/contenu/menu/droit-national-en-vigueur/constitution/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789

[2] Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 – site du Conseil constitutionnel https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/preambule-de-la-constitution-du-27-octobre-1946

[3]MANON Simone «  Liberté et nécessité – Spinoza » – 2008 https://www.philolog.fr/liberte-et-necessite-spinoza/

[4] « La morale est-elle naturelle? » Table ronde Cité des sciences avec L. BEGUE, professeur en psychologie sociale Grenoble, Georges CHAPOUTIER neurobiologiste et philosophe CNRS, Roland JOUVENT, professeur en psychiatrie Paris VI et CNRS, Ruwen OGIEN directeur de recherche en philosophie morale. Modération de Martin GROS, rédacteur en chef de Philosophie Magazine. URL vidéo de mars 2012 https://www.youtube.com/watch?v=-MbG6Q_4C8w

[5] BRETON Philippe  « L’utopie de la communication – l’utopie du village planétaire » Edition La Découverte poche essai n°29 (2004) https://www.editionsladecouverte.fr/l_utopie_de_la_communication-9782707144188

[6] Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) https://www.echr.coe.int/Documents/Convention_FRA.pdf

[7] Charte européenne des droits fondamentaux et ses explications à partir de la page 17  https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=OJ:C:2007:303:FULL&from=FR

[8] Liste des 24 révisions constitutionnelles de la V° République – Conseil constitutionnel https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/les-revisions-constitutionnelles

[9] « 2005 – quand les français ont dit non à l’Europe » Documentaire Docs/interdits France 3 – diffusion le 3 mars 2017 à 23h10  https://www.dailymotion.com/video/x5x8dvs?syndication=273844

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